Un parcours (presque) tout tracé ...

Après une formation de juriste en droit international et une rapide incursion au royaume des ambassadeurs, c’est dans l’industrie automobile que la première partie de ma carrière s’est déroulée. Plusieurs fonctions dans le domaine de la qualité et du marketing international m’ont amenée à travailler avec les pays d'Europe Centrale et Orientale. C'est sur cette route professionnelle que j'ai croisé celui qui, fraîchement débarqué de Pologne, allait devenir mon époux.

Première étape, Moscou: le choc... identitaire

Deux ans après notre rencontre, je décidais d'écouter mon coeur et de suivre mon conjoint à Moscou. Le concept de « lune de miel », souvent retenu pour qualifier les premiers mois d’une expatriation, a eu chez moi des allures d’étoile filante. Pays froid, langue difficile, mari absent et vie sociale proche du néant ont très rapidement entamé mon optimisme.

En partant, je n'avais pas réalisé que j'avais laissé en France une identité professionnelle: celle qui nous rassure quand il s'agit de nous présenter. Celle qui nous définit en quelques mots.

Mon expatriation m'offrait pourtant une seconde jeunesse: l'Institut Pouchkine à Moscou me dotait à nouveau d'une carte étudiante pour apprivoiser la langue de Tolstoi.
Parallèlement, je travaillais dans le domaine de la formation professionnelle pour des Russophones amenés à s’expatrier en France. A ma plus grande surprise, ma clientèle était majoritairement féminine.
Alors que mon volume capillaire souffrait quotidiennement des exceptions de la grammaire russe, je pouvais reprendre du poil de la bête en fin de journée grâce à la langue française.
Inconsciemment, je naviguais tous les jours entre deux façons de penser et de s’exprimer: les différences, moins marquées, laissaient apparaître des ressemblances.

Cinq années d’expatriation en Russie vont pourtant me réserver un lot de nouvelles questions:

Etait-il possible pour moi, pour nous, d’envisager un retour en France, synonyme de case départ ? Quel métier pouvait répondre à toutes mes exigences et surtout à ma soif de liberté?
Pour répondre à ces questions, j’ai décidé de suivre un coaching afin de pouvoir me « re- connaître » et redéfinir mes objectifs professionnels.

Impose ta chance!

En France, j'avais pu, sans trop de difficultés, déployer mes ailes professionnelles. Lors du départ, un an après celui de mon époux, l'entreprise qui nous employait tous les deux alors, n'avait su que me proposer une disponibilité. Mon contrat de travail était comme moi: suspendu à un fil...fragile.

En acceptant de mettre ma carrière de côté, pour une durée qui se révèle en fait souvent indéterminée, une alternative s'offrait pourtant à moi :

- croiser les doigts durant toutes ces années en espérant savoir valoriser au retour en France ma ténacité;

- profiter de la conséquence directe de l'expatriation de mon conjoint: m'être heurtée au plafond de verre plus tôt que prévu!

Lors de cette première expatriation, j'optais pour la seconde alternative. Elle allait me réserver des difficultés mais aussi des opportunités. L'effet miroir du plafond de verre ne m'a pas renvoyé tous les jours le reflet que je souhaitais y voir. Mais, en me confrontant à un nouvel environnement tant personnel que professionnel, il a su me rappeler régulièrement que s’émouvoir c’est avant tout se mouvoir.

Une session de rattrapage pimentée : Budapest.

Après 5 années à Moscou, ma route croisait à nouveau Budapest. La première fois que je l'avais croisée, elle m'avait mise en difficultés: ce que je souhaitais mettre en place au sein de ses filiales se heurtait souvent à ses façons de faire, d'être et de penser. Tenir compte de la diversité n'était pas dans mes processus Qualité.
La retrouver n'était sans doute pas un hasard: elle m'offrait une séance de rattrapage.

Ma seconde expatriation a commencé par une formation de 9 mois en coaching à Paris : une formation certifiante afin d’assimiler les théories et maîtriser les outils conçus pour pouvoir, à mon tour, accompagner de façon professionnelle les autres.

Pour accompagner  … Qui  ?

La réponse à cette question s’est construite au long de ma formation : des mots tels que femmes, expatriation, identité, culture, changement, parité sont revenus régulièrement.

Les rencontres tant personnelles que professionnelles en Russie, les difficultés liées à la vie à l'étranger, les étiquettes qui vous collent à la peau en tant que conjoints et celles que nous collons aux Autres à défaut de connaître leur Histoire ont été d'utiles graines qui ont nourri ma réflexion.

Mon mémoire de certification a été consacré aux conjoints d’expatriés: un mot masculin pour définir une réalité féminine.

Souvent seules responsables et coupables en cas d'échec et de retour anticipé de la famille et de l'expatrié, leur contribution dans la réussite de l'expatriation est, encore aujourd'hui, minimisée. Sa trajectoire ne semble pouvoir qu'être orientée sur le personnel et familial.

Pourtant, l'internationalisation des carrières au féminin, la volonté des femmes à exercer une activité professionnelle une fois arrivées à l'étranger, le sentiment partagé de " devoir sacrifier sa carrière" et de ne pas vouloir tenir qu'un rôle limité reflètent une toute autre réalité.

Parallèlement, j'ai été amenée à concevoir des formations pour un public d'expatriés en Russie: des formations de management interculturel. Un domaine qui est très rarement proposé aux conjoints et mis de côté au profit d'aspects logistiques : aspects nécessaires mais non suffisants pour faciliter son intégration et surtout…son évolution.

Tenant compte de tous ces éléments, Expatrielles est née.

Un an après sa création, Budapest rajoutait à notre vie un ingrédient pour la savourer différemment. Alors que je pensais ne pas disposer de cette carte dans mon jeu, je devenais, à 40 ans, enfin maman et explorais, avec mon époux, un nouveau territoire: celui de la parentalité.

Varsovie : un retour aux sources

Après 5 années à Budapest, une création d'entreprise et une naissance, c'est à Varsovie que je vis et travaille aujourd'hui.
Dans notre quotidien, plusieurs façons de voir, de faire, de dire et d'être coexistent. Deux langues ont droit à la parole.
Nous avons élu domicile depuis plus de 10 années au sein de différents territoires : ils ont nourri, chacun à leur façon, tant notre identité de couple que nos identités personnelles et professionnelles.
Ils ont permis à nos territoires personnels, familiaux et professionnels d'être tout sauf neutres: certains aspects ont été savoureux, d'autres plus amers.
Ce sont des rencontres surtout qui ont su aussi venir nous rappeler que notre vision du monde était quelques fois limitée.

La Pologne, c'est le pays de mon époux. C'est aussi celui de mon grand-père paternel.
Et comme je ne crois pas au hasard...

Expatrielles et Expatriest

Expatrielles est née il y a 3 ans.
A l'image des poupées russes, les personnes que j’ai eu la chance d'accompagner, ont, à chaque fois, accepté de prendre le risque d’aller chercher les surprises que pouvait leur réserver l'expatriation. De dépasser l'image accordée par l'expatriation quand on est expatrié(e) ou conjoint d'expatrié(e).

Expatrielles était plus grande que je ne le pensais: elle ne tient plus compte aujourd'hui du pays dans lequel elles veulent mener leur expatriation.

Durant cette dernière année, le territoire dont j'ai fait ma spécialité est souvent venu me rappeler qu'il était souvent qualifié, de loin, de "bloc" où tout se ressemble. Alors que de près, il regorge de subtiles différences.

Qu'il était souvent considéré comme un espace contradictoire. Alors que j'ai le sentiment que c'est grâce à lui que j'ai compris mes propres contradictions et ai pu ainsi orienter mes choix.

Etre c’est un mot que l’on retrouve un peu partout sur la Toile. C’est pour moi surtout un auxiliaire.

Partir vivre à l'étranger, c'est, à chaque fois, un nouveau territoire (personnel, professionnel et familial) qui s'offre à nous. C'est se sentir autant détachée, grâce à la liberté qu'elle nous offre, qu'attachée à ce qui nous a toujours rassuré(e)s. Ce ne sont pas que des savoir-faire que l'on vient transmettre ou que l'on doit mettre de côté si l'on est conjoint d'expatrié(e). Ce sont des êtres qui croisent notre route. Qui nous rappellent la complexité de la diversité. Qui nous aident à devenir. A réaliser des performances qui ne sont pas que chiffrées.

Ce n'est ni une affaire de femmes, ni une affaire d'hommes. C'est une aventure humaine.

Expatriest prend donc tout naturellement sa place aux côtés d’Expatrielles. La diversité est définitivement mon genre.